Portrait de Pierre Borel (Musée Goya de Castres)
Page 1/2. Aller à la page suivante
Pierre Borel (c.1620-1671)
Médecin, érudit, et membre de l'Académie de Castres
Par Olivier Thill
1. Résumé

Pierre Borel est né vers 1620, à Castres dans le sud-ouest de la France. Il est étudiant en médecine à Montpellier, et obtiendra par la suite le titre de médecin ordinaire du roi. Il s'intéresse à de nombreux domaines : médecine, biologie, physique, astronomie, linguistique, histoire, antiquités, curiosités. Il partage son savoir, ses expériences, et ses documents en faisant publier de nombreux ouvrages. Il est assidu à l'Académie de Castres, qui est en relation epistolaire avec les savants et les autres académies de l'époque. Il passe quatre ans à Paris de 1653 à 1657, où il fréquente les salons litéraires et scientifiques. Revenu à Castres, il est nommé régent du collège. Il meurt en 1671.

2. Chronologie

3. Documents

Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, Paris, 1812, Vol. V, pages 171-172:

BOREL (Pierre), médecin, né à Castres vers 1620, de Jacques Borel, auteur de quelques poésies imprimées, eut des connaissances très variées et très étendues pour son siècle. Quoiqu'un peu crédule, il peut encore être consulté avec intérêt par les érudits. Ses travaux ne sont pas seulement médicaux, mais relatifs à l'histoire naturelle, à la physique, etc. Il fut reçu docteur en médecine à Montpellier, en 1640, et pratiqua son art qelques temp à Castres, vint à Paris en 1653, y fut bientôt nommé conseiller et médecin ordinaire du roi, entra dans l'académie des sciences, comme chimiste, en 1674, et mourut en 1689, selon Niceron. Voici la liste de ses ouvrages recherchés encore de quelques érudits : I. les Antiquités, raretés, plantes, minéraux, et autres choses considérables de la ville et comté de Castres, etc., 1649, in-8°., ouvrage rare, qui peut éclairer, comme on voit l'histoire naturelle de ce pays, et qui comprend, de plus, des détails sur son administration. II. Historiarum et observationum medico-physicarum centuriae IV, Castres, 1653, in-12, avec la Vie de Descartes et les observations de Cattier, Paris, 1656, in-8°.; Francfort et Leipzig, 1670, 1678, in-8°. C'est ici que Borel donne des preuves de crédulité. La dernière édition contient en outre les observations de Rhodius, le Traité De affectibus omissis d'Arnould Boot, et les Consultations de Rossius. III. Bibliotheca chimica, seu Catalogus librorum philosophicorum hermeticorum, Paris, 1654, in-12, Heidelberg, 1656, in-12 ; il y fait mention de 4000 auteurs, mais Lenglet-Dufresnoy en cite 6000 dans sa Philos. Herm. ; IV. De vero telescopii inventore, cum brevi omnium conspicillorum historia, la Haye, 1655, in-4°.; V. Trésor des recherches et antiquités gauloises et françaises, Paris, 1655, 1667, in-4°., c'est un dictionnaire de vieux mots autrefois en usage dans la langue française, justifiés par des passages de nos anciens auteurs : il est précédé d'un catalogue alphabétique des anciens poëtes français, et autres livres, tant manuscrits qu'imprimés, dont il s'est servi, et d'une préface curieuse où il traite des progrès et changements des langues. Ce Trésor a été réimprimé avec des additions ; et les deux suppléments qui le terminent ont été refondus avec le corps de l'ouvrage, dans l'édition du Dictionnaire étymologique de Ménage, 1750, 2 vol. in-folio ; VI. Discours prouvant la pluralité des mondes, Genève, 1657, in-8°. traduit en anglais, 1658, 1660, in-8°.; VII. Hortus, seu armamentarium simplicium, plantarum et animalium ad artem medicam, spectantium, Castres, 1666, in-8°.; Paris, 1669, in-8°., ouvrage de pharmacie et de matière médicale ; VIII. Observationum microscopicarum centuria, la Haye, 1656, in-4°. Cet ouvrage, dont la plupart des biographes n'ont pas fait mention, est cité dans le Catalogue de la bibliothèque du chevalier Banks.
C. et A.
Article du docteur en médecine, Pierre Chabbert (?-1981), Problèmes scientifiques évoqués à l'Académie de Castres (1648-1670), in Actes du 100e congrès national des sociétés savantes, Paris 1975, pages 21 à 29, publié par CTHS à Paris en 1976.
Fondée en novembre 1648 -- c'est donc l'une des plus anciennes de France -- l'Académie de Castres interrompt ses travaux en avril 1670 : elle doit son existence à l'actif courant intellectuel qu'entretient alors dans la ville la Chambre de l'Edit, chambre du Parlement de Toulouse qui est chargée de juger les procès où l'une des parties est de religion protestante.

D'abord composée de vingt "personnes d'érudition", elle augmente jusqu'à quarante le nombre des académiciens et dans sa brève existence elle en compte au total quarante-huit. Elle les recrute presque uniquement parmi les Réformés, pour la plupart magistrats ou avocats en la Chambre ; elle accueille aussi sept pasteurs et un médecin.

Plusieurs des académiciens connaissent la consécration des salons parisiens : Hercule de Lacger (mort en 1670), Jacques de Ranchin (1616-1692), Samuel Izarn (1630-1672) et surtout Paul Pellisson (1624-1693). Pour ce dernier, l'Académie de Castres est l'antichambre de l'Académie française. On sait sa longue amitié avec Madeleine de Scudéry, sa collaboration avec le surintendant Fouquet, qui l'entraîne dans sa disgrâce ; plus tard, converti au catholicisme, Paul Pellisson, premier historien de l'Académie française, devient historiographe du roi et directeur de la "Caisse de conversion".

On a parlé parfois avec ironie des travaux de l'Académie de Castres ; certes, on trouve mention de discussions ou de poèmes sur des sujets dont la futilité surprend, mais qui correspondent à la sensibilité de ce temps, qui est celui de la préciosité.

Bien plus souvent, tout de même, les procès-verbaux des séances montrent les académiciens traitant, suivant le règlement, "de toutes les disciplines capables de les rendre plus savans et plus sages" : traduction de textes grecs ou latin, parfois italiens ou castillans, gloses sur des passages difficiles, réflexions sur des problèmes historiques, philosophiques ou religieux, interrogations aussi sur les problèmes qui se posent à leur conscience de juristes (ainsi, la légitimité de la torture -- décembre 1650 --, ou de procès aux cadavres -- septembre 1652).

Les problèmes scientifiques ne sont pas non plus négligés et l'on ne peut s'en étonner en cette époque qui ignore l'étroite spécialisation de la nôtre. Au cours des années, nombreux sont les académiciens qui abordent de telles questions, mais deux d'entre eux méritent de retenir un instant notre attention pour l'oeuvre scientifique qu'ils ont laissée.

Pierre Saporta (né à Montpellier en 1613, mort à Rayssac vers 1685) est d'abord avocat à Montpellier, puis il plaide à partir de 1656 à la Chambre de l'Edit [de Castres]. Elu à l'Académie de Castres en janvier 1658, il y traite de divers problèmes historiques, traduit du grec le Traité du sublime genre d'écrire de Longin, et de l'espagnol deux pièces de Balthazar Gracian. Il y donne lecture aussi des lettres reçues d'Henry Oldenburg et il en commente les aspects scientifiques.

En 1664 enfin, Pierre Saporta publie à Castres, puis à Paris, ses traductions du Traicté de la mesure des eaux courantes de Benedetto Castelli et du Traicté du mouvement des eaux d'Evangelista Torricelli, qui sont sans doute les premières traductions françaises de ces deux physiciens italiens. La traduction de Torricelli est précédée d'une épître dédicatoire à Pierre de Fermat, d'une emphatique et chaleureuse sincérité.

Quant à Pierre Borel (né à Castres vers 1620, mort en 1671), il est certainement la plus curieuse figure de l'Académie de Castres. Docteur en médecine de la Faculté de Cahors, il exerce d'abord à Castres, puis il se rend à Paris en 1653, où il obtient grâce à Paul Pellisson, une place de médecin du roi ; il publie alors la plupart de ses ouvrages sans réussir à obtenir la notoriété. En 1657, il revient à Castres et il accepte les modestes fonctions de régent du collège ; il meurt, oublié, en 1671.

Par ses Antiquitez... de Castres (1649), il est le premier historien de sa ville natale ; son Trésor de Recherches et Antiquitez... (1655) est un dictionnaire philologique encore utile à consulter.

Son oeuvre scientifique, longtemps négligée, mérite d'être mieux connue : sa Bibliotheca chimica (1654) est la première recension imprimée des livres de chimie et d'alchimie. Dans le De vero telescopii inventore (1655) il aporte de précieux documents sur l'invention du miscroscope et sa Centuria observationum miscroscopicarum (1655) fait de lui le premier médecin à avoir examiné au microscope des fragments d'organes humains.

Son oeuvre médicale, recueillie dans quatre "Centuries" d'observations, contient, à côté de nombreuses naïvetés ou de cures miraculeuses, des faits bien observés ; ainsi, il a fixé parmi les premiers le siège de la cataracte dans le cristallin, mis au point un laryngoscope à miroir concave, ou encore signalé le rôle joué par les peaux de moutons morts du charbon dans la transmission de cette maladie à l'homme.

Philosophe enfin, il publie en 1656 la première biographie de Descartes et, un an plus tard, un Discours nouveau prouvant la pluralité des mondes.

On comprend alors que Pierre Bayle ait regretté de ne pas l'avoir connu lors de ses années d'études à l'Académie protestante de Puylaurens, proche de Castres, et qu'il ait dit : "On le devrait regarder comme un homme extraordinaire."

L'Académie accepte parfois des auditeurs à ses séances. Au fil des ans on voit donc "assister et opiner" ceux qui "ayant esté invités par un académicien on été admis par les autres" : pasteurs, médecins ou hauts magistrats de passage à Castres, plus tardivement -- et plus rarement -- prêtres ou religieux catholiques.

De tous ces visiteurs, deux doivent retenir un instant l'attention : Etienne Bressieu et Henry Oldenburg.

Etienne Bressieu (ou Ville Bressieu) est un personnage mal connu : il est sans doute à peu près contemporain de Descartes à qui il "se donne" en 1627, et il vit près de lui pendant plusieurs années. Originaire de Grenoble, il est docteur en médecine ; très expert en mécanique, il est l'inventeur de plusieurs instruments à usage pratique ou scientifique.

Il séjourne à Castres en 1649 et 1650 -- peut-être pour un procès devant la Chambre de l'Edit -- et ce séjour mérite d'être rappelé en raison de ses conséquences sur l'activité de deux académiciens : c'est pour Bressieu que Paul Pellisson traduit l'Odyssée, où ce médecin curieux de chimie et d'alchimie espérait découvrir le secret de la "pierre philosophale". C'est de Bressieu que Borel aapprend de nombreux détails sur la vie de Descartes et les utilise pour écrire la première biographie consacrée à ce philosophe.

Henry Oldenburg, futur secrétaire de la Royal Society de Londres, alors précepteur du fils de Lady Ranelagh, n'est pas mentionné comme auditeur aux séances de l'Académie ; pourtant, il séjourne à Castres au cours de l'hiver 1658-1659 et il noue avec Borel, Saporta et Christophe Balthazar des relations qui se poursuivent pendant plusieurs mois par une correspondance maintenant publiée.

Dans ses lettres, Oldenburg interroge les académiciens sur leurs recherches et surtout leur fait connaître les travaux des cercles scientifiques parisiens.

Dernier élément -- et le plus prestigieux -- du climat intellectuel de Castres à cette époque : la présence de Pierre de Fermat qui, conseiller au Parlement de Toulouse, siège pendant huit saisons judiciaires à la chambre de l'Edit.

Certes, Pierre de Fermat n'assiste jamais aux séances de l'Académie mais son collèque à la Chambre, Jacques de Ranchin, donne lecture à plusieurs reprises de poèmes composés par le génial mathématicien et celui-ci lui dédie ses observations critiques sur Polyen.

Pour sa part, Pierre Borel sert un moment d'intermédiaire dans la correspondance scientifique entre Fermat, Digby et Van Schooten. Saporta enfin, publie en 1664, quelques mois donc avant la mort de Fermat l'Observation sur Synésius. Il s'agit là d'un fragment mineur de l'oeuvre scientifique de Fermat, mais l'un des rares textes publiés du vivant même de Fermat.

La plupart des disciplines scientifiques de ce temps sont évoquées au cours des séances à l'Académie de Castres. deux remarques s'imposent : tout d'abord ces problèmes sont traités dans une optique très scolastiques et non dans un souci d'expérimentation, avec une seule exception -- mais de qualité -- pour les problèmes du vide. Ensuite, mention n'est jamais faite des conclusions auxquelles arrivent nos académiciens ; parfois, tout de même, quelques remarques, tirées des oeuvres de l'un ou de l'autre, permettent d'en inférer la réponse.

Plusieurs séances sont consacrées à des problèmes généraux : Spérandieu de St-Alby pose ainsi la question, de savoir "si les sciences peuvent et doivent être enseignées partout en langue vulgaire" (20 février 1652) et Gaches, pasteur de Castres, plus tard de Charenton, interroge "s'il vaut mieux estre excellent en une science, estant ignorant es autres, ou estre médiocrement docte en toutes" (26 août 1653). Pour sa part, Georges Pellisson, frère aîné de Paul Pellisson, fait un discours "contre ceux qui font consister la véritable science en une connaissance confuse des choses que les anciens nous ont laissé par escript plutôt qu'en la capacité d'en inventer des nouvelles" (5 septembre 1656) et Christophe Balthazar lit un an plus tard (12 septembre 1657), son "Traicté sur l'origine, progrès et déclin des sciences". Le pasteur Jaussaud interroge ses confrères pour savoir d'abord "si la connaissance des choses naturelles est plus utile que dommageable à la piété" (29 juillet 1653), ensuite "si les sciences spéculatives donnent plus de plaisir à l'âme que les sciences pratiques" (2 septembre 1653) et, enfin, "si les sciences fleurissent davantage en temps de paix qu'en temps de guerre" (18 mars 1660).

A quelques reprises sont lus des ouvrages scientifiques : ainsi le Traité de la lumière de Cureau de la Chambre (30 septembre 1658, 6 avril 1660) et en 1669 et 1670, divers numéros du Journal des savans.

Les mathématiques, ces "sciences absruses" selon Saporta, ne sont jamais évoquées dans ce cénacle qui compte plusieurs amis de Fermat. La chimie ne fait l'objet que d'une seule question, pour savoir "si elle apporte plus d'utilité que de dommage" (30 janvier 1657).

On trouve seulement trois questions d'histoire naturelle : d'abord un "Discours sur les éléphans" prononcé le 4 octobre 1650 par Jean Dant qui fit dans sa jeunesse un voyage au Maroc et put peut-être donner des renseignements qui n'étaient pas que livresques ; ensuite, une question de Georges Pellisson : "Si les poissons respirent ou non, et posé qu'ils respirent, si c'est l'air ou l'eau qu'ils attirent par leur respiration" (2 juin 1654) ; la troisième est fournie par M. de Donneville, futur président du Parlement de Toulouse : "D'où vient que le coq seul d'entre tous les animaux témoigne de la joye et de la vigueur par son chant et par le battement de sses ailes après le coït ?" (11 mars 1670).

Les problèmes médicaux sont traités avec une fréquence beaucoup plus grande. A la question de Gaches : "Comment est-ce qu'un malade peut communiquer son mal à ceux qui ne le touchent point" (11 juin 1652), fait écho celle de M. de Juge : "Si la santé se communique aussi bien que plusieurs maladies et par quel moyen se peut faire une telle communication" (2 janvier 1657). Citons également celle du pasteur Jaussaud : "Si un homme nay sourd et aveugle serait capable de raisonnement et de discipline" (13 août 1652).

Le 14 mai 1658, M. de Juge, avocat, lit "le commencement d'un discours fait en français par le chevalier Digbi, anglois, touchant la guérison des playes par la poudre de sympathie et ce qu'il en a lu a esté examiné". Pierre Borel qui "modère" la séance est un fervent admirateur de Kenelm Digby à qui il dédie son Discours nouveau prouvant la pluralité des mondes ; il croit aux vertus thérapeutiques de la Sympathie et il en rapporte dans ses "Centuries" quelques observations qui sont reprises dans le Theatrum Sumpatheticum, publié en 1662.

Lorsque Borel donne lecture de son discours "sur la formation du chyle, du sang et du lait suivant les anatomiste modernes" (16 juillet 1658), il commente selon ses propres termes "les belles choses que l'Anatomie moderne... offre, en laquelle M. Pecquet doit... tenir le premier rang". Borel est, en effet, un partisan fervent de la circulation sanguine et de la circulation lymphatique ; toutefois, avec quelques autres médecins, il considère le lait comme de la lymphe concentrée par la glande mammaire.

C'est encore Borel qui demande "d'où vient que les personnes mordues de la Tarante dansent au son du violon" (8 avril 1659) et, une autre fois, "d'où vient que le venin des chiens enragés croupit si longtemps dans un corps" (2 avril 1669). Il doit, dans ce dernier cas, faire connaître ses propres idées sur l'incubation de la rage qu'il sait être habituellement indérieure à quarante jours mais il rapporte aussi les observations quasi fabuleuses de quelques confrères, où l'incubation atteint un, quatre et même trente ans.

Le 17 février 1660, Saporta donne lecture "d'une relation à luy envoyée de Montpellier touchant une fille trouvée dans le corps d'une femme de Pont-à-Mousson, âgée de soisante-dix ans et veuve depuis trente ans, laquelle s'estant précipitée d'une fenêtre en bas et avoit esté ouverte pour découvrir la cause du mal dont elle se plaignait quelques années avant sa mort, et que les médecins n'avoient pu guérir par aucun remède, le corps de cette fille estant de la grosseur qu'il pourroit avoir régulièrement six mois après sa conception et son visage commençoit à s'endurcir et à prendre la couleur du plastre".

Ce long résumé que, bien exceptionnellement, transcrit le secrétaire de l'académie permet de reconnaître la description de la "femme de Pont-à-Mousson", observation d'une grossesse extra-utérine qui s'est terminée non par une hémorragie mortelle mais par la momification du foetus dans la cavité abdonminale. Observé en 1659, ce "lithopaïdion" provoque en Europe des discussions sans fin.

Jacques de Ranchin donne lecture, le 12 mars 1669, d'une lettre de l'anatomiste Bartholin, produite peu avant dans un procès en responsabilité médicale devant la Chambre de l'Edit "contre l'opération au petit appareil du sieur Raoux, lithotome".

Deux mois plus tard, le 14 mai 1669, Borel présente "le portrait d'un monstre nay le 1er avril 1669 à trois lieux de Royan et mort quinze jours après sa naissance, lequel avoit sur un mesme col deux visages, deux nez, quatre bouches, quatre yeux et lorsque la mère donnoit à tester à l'une des bouches l'autre pleuroit", ce qui amène l'avocat Alègre à s'interroger "quel est la cause et la manière de la génération des monstres ?".

La médecine du XVIIe siècle est la médecine de Harvey, de Malpighi, de Sydenham ou de Pecquet ; elle est aussi celle de Molière. Il n'est donc pas surprenant que nos académiciens ironisent sur la médecine de leur temps ; ainsi Spérandieu, qui compose "une ode latine de sa façon sur M. Alègre, le père, guéry pendant l'hiver et par le seul bénéfice de la nature d'une hydropisie contractée un an auparavant par la potion d'une médecine ordonnée par un célèbre médecin", après quoi M. de Montclus demande "si la médecine est un art trompeur" (12 février 1669).

Longévité, alimentation sont également évoquées : "Si la longueur de la vie des hommes qui ont vécu avant le déluge avoit des causes naturelles ou si elle doit estre jugée miraculeuse" (G. Pellisson, 4 août 1654) ; "Si Louis Cornaro a eu raison de croire que tous les autres hommes pourraient se procurer une vie aussi longue et aussi vigoureuse que la sienne s'ils régloient la quantité de leurs aliments à celle des siens" (le même, 22 mai 1657) ; "Lesquels sont les plus grands ou les advantages ou les dommages que le vin apporte aux hommes" (pasteur Jaussaud, 7 ocotobre 1653) ; "Quel est l'aliment le plus conforme à la nature de l'homme, de la chair des animaux ou des fruits" (G. Pellisson, 25 avril 1656) ; "Jusqu'à quel temps peut naturellement vivre un homme sans manger ?" (Borel, 16 juillet 1658).

Les problèmes de l'hérédité, ainsi que ceux de la génération, font l'objet de plusieurs discussions. A la question de G. Pellisson : "D'où vient que les enfants sont si différents de leur père, de leur mère, tant au regard du corps qu'au regard de l'esprit" (25 mars 1653), s'oppose celle de Spérandieu : "Quelles sont les causes naturelles de la conformité et de la différence qui se trouvent au regard du corps entre les enfants et leur père, mère, ayeux et autres de leurs parents" (19 mai 1654). Ce même Spérandieu voulait un peu avant(24 mars 1654) savoir "comment est conçu, formé, nourry et animé l'homme dans la matrice et comment est-ce qu'il en sort ?".

Sur les problèmes de la génération, Gaches s'étonne "d'où vient que tous les animaux ne multiplient pas à proportion et que plusieurs choses n'ont pas leurs suittes aussy grandes que leurs commencements" (9 mai 1651) ; plus tard, le pasteur Jaussaud s'enquiert "comment se forment les insectes et autres animaux qui ne produisent pas la génération ordinaire" (13 février 1657).

Pour Borel, la génération spontanée est une certitude : "les insectes se peuvent former en notre corps d'humeurs pourries et chaudes sans copulation...", et il pense que les punaises naissent dans le lit de la sueur de l'homme, et les poux des "humeurs" du corps humain. Deux ans après, le 9 septembre 1659, la lecture d'Oldenburg à Saporta, du 21 août 1659, apporte au problème de la génération spontanée une réponse bien différente : "Dans nos assemblées chez M. de Monmor on a depuis peu traité cette belle question de la génération des animaux qui est vulgairement crue spontanée, et la plupart des opinions a conclu qu'il n'y a pas aucune production d'animaux, quels qu'ils soient qui ne s'engendrent ou par semence, fermentée dans la matrice ordinaire ou par quelque chose équipollente à elle jetée dans quelque matrice aussy bien disposée que l'ordinaire."

De nombreux autres thèmes scientifiques sont abordés à l'Académie de Castres ; ainsi les phénomènes naturels : "Les causes du flux et du reflux de la mer" (Alègre, 4 mars 1649), "Les causes de la production de la foudre et du tonnerre, et de leurs effets merveilleux" (Gaches, 8 novembre 1650), "La saleure de la mer et si elle est depuis la création du monde" (G. Pellison, 9 décembre 1653), "Si la froideure est une qualité positive ou une simple privation de la chaleur" (Alègre, 24 février 1654), "Qu'est ce que le froid ?" (Borel, 4 février 1670).

Ainsi encore les couleurs : "Comment se forment les couleurs ? laquelle est la plus belle et la plus excellente ?" (Balarand, 5 juillet 1650) ou la lumière, avec Jaussaud qui, à deux reprises (3 mars 1654 et 10 octobre 1656), pose la question : "Si la lumière est une substance ou un accident."

Le problème du vide est abordé à plusieurs séances. C'est le 14 décembre 1659 que Georges Pellisson "fait traitter la question par luy proposée mardy dernier s'il y a du vuide en la nature, après avoir premièrement fait en pleine assemblée avec un canon de verre, de l'argent-vif et de l'eau, l'expérience par laquelle quelques-uns prétendent de prouver le vuide". L'ambiguïté des termes de ce compte rendu ne peut échapper, sans que l'on sache si elle traduit les réticences du seul secrétaire ou celle de la "pluralité" des académiciens devant une expérience qui bouleverse bien des habitudes de pensée. Le 1er juillet 1653, c'est à nouveau Georges Pellisson qui lit "un traitté par luy fait sur diverses expériences faittes pour scavoir s'il y a du vuide en la nature". Le 9 septembre 1659 enfin, Saporta "fait voir la figure de deux tuyaux joints ensemble, servants à faire plusieurs belles expériences du vuide, laqulle lui a été envoyée de Paris et de l'usage de laquelle il a esté traitté". Il s'agit là de la lecture par Saporta de la lettre d'Oldenburg du 21 août 1659, décrivant la "chambre de Rohault", appareil de physique permettant des expériences sur le vide et voisin de ceux imaginés par Pascal, Roberval et Auzout.

L'astronomie est également l'objet de leurs préoccupations : Roumens désire connaître "les causes et les suites naturelles des éclypses de soleil et de lune" (7 mai 1652) et Rapin "comment et en quel lieu se forment les comètes" (31 décembre 1652). A cette séance, Borel apporte le résultat de ses observations sur une comète dont il a suivi la course du 11 au 25 décembre avec les "lunettes de multiplication" qu'il possède. Georges Pellisson demande "de quelle matière est composé le soleil et s'il y a des tasches en son corps" (18 décembre 1657).

Les académiciens se penchent enfin sur les nouvelles dimensions que donnent au monde les théories de Copernic et de Galilée. G. Pellisson pose la question : "Lequel est au centre du monde, du soleil ou de la terre ?" (26 juin 1657) et au début de l'année suivante Borel interroge "s'il y a plusieurs mondes", lecture ou commentaire de son livre paru à Genève, quelques mois plus tôt. A cette même séance, Balthazar lit son propre " Discours pour prouver la pluralité des mondes". Un mois plus tard, le 26 mars 1658, Jaussaud apporte les arguments contraires d'un "discours tranmis par Le Masson, composé par le sieur abbé de Croisille pour prouver par l'Ecriture le mouvement du soleil contre Copernicus". La question que pose Dumas, le 16 avril 1669, "si l'opinion du mouvement de la terre est assez bien établi et sur les raisons dont on se sert pour l'establir" montre là encore les difficultés rencontrées par cette nouvelle conception du monde avant d'être admise.

Foyer de discussion et non d'expérimentation, l'Académie de Castres ne peut, bien sûr, se comparer aux académies italiennes dei Lincei ou del Cimento, ni aux cercles scientifiques parisiens (académie Le Pailleur, Bourdelot, Montmaur...) qui précèdent l'Académie royale des Sciences.

Dans sa courte vie, l'Académie de Castres apporte pourtant un témoignage de qualité sur la diffusion des connaissances scientifiques au XVIIe siècle et sur la curiosité d'esprit de "l'honnête homme" dans une petite ville de province.

Philippe Tamizey de Larroque, Documents inédits sur Gassendi, Paris, 1877, page 25 :
On comprend après cela [les 13 saignées qui ont tué Gassendi], l'énergie avec laquelle le docte Pierre Borel (dans un ouvrage de médecine cité par Bougerel) anathématise ces excessives ouvertures de veine : "Je pourrois compter ici parmi ceux qui ont été les victimes des trop fréquentes saignées ce grand homme dont la perte fut pleurée par toute l'Europe, et même dans le monde entier, et rapporter les paroles qu'il dit avant que d'expirer Il avoua qu'il mouroit dans la vigueur de ses ans, pour avoir été trop docile aux médecins."
Pour compléter la troisième édition de la biographie de Peiresc, Pierre Borel a proposé d'y ajouter des divers témoignages concernant Peiresc, et l'éditeur, François Henri, a accepté de les imprimer en annexe. La biographie a été publiée en Latin. Voici un extrait d'une édition ultérieure traduite en anglais.

Pierre Gassendi, The Mirrour of True Nobility and Gentility being the life of the renowned Nicolaus Claudius Fabricius, Lord of Peiresk, Senator of the Parliament at Aix, London, 1657 :

An ADDITION To the Life of the Renowned PEIRESKIUS

To the famous Franciscus Henricus, that great Favourer of Learning, and my singular good Friend, Petrus Borellus Castrensis, Doctor of Physicks, sends Greeting.

You have at length (Renowned Sir) procured the most Learned Petrus Gassendus, though much taken up with divers Studies, to fit the life of the most famous Peireskius, the third time for the Presse, and to illustrate the same with new additions, and to distinguish the Text, which was formerly continued, into certain Verse or Paragraphs, for the more commodious use of the Readers. The work being at length by your care committed to the Presse, and almost finished; I gave intimation, that I had collected here and there, certain Testimonies of great Men, concerning Peireskius, after his Death: which to omit upon this occasion, as it were a kind of sacriledge, and injurious to the glory of the Gentleman deceased; so I have thought fit here to subjoyn such Testimonies, as I have collected out of divers Authours, printed since his Death, according to your Request, and with the Consent of Gassendus.

François Henri lui répond un peu plus loin, en annexe du même livre :
To Petrus Borellus, Dr. of Physick, his loving friend F. H. P. L. [Franciscus Henricus]

You are an happy man, friend Borellus whom good Fortune has made after so many years, an Amplifier of the Dignity of Peireskius. Happy man am I, to whom you have directed your commendations of a man so heroically vertuous. And we are both happy, whom Gassendus has thought fit to propagate the memory of that renowned Man, himself being the most worthy praiser of the Vertue of Peireskius, and the perfect writer of his life.

Robert Halleux, Johann Kepler, L'etrenne ou la neige sexangulaire, Paris, pages 117 et 118 :
Pour clore ce chapitre, il convient d'évoquer l'oeuvre de Pierre Borel (1620-1671). Ce médecin de Castres, promu médecin ordinaire du roy en 1653, témoigne d'une curiosité universelle : botanique, minéralogie, archéologie l'intéressent également. Dans sa deuxième "centurie d'histoires et d'observations médico-physiques" qui paraît à Castres en 1653, il explique d'une façon qui penser à Cabeo, les formes végétales qui se formèrent un jour sur la glace des fossés de la ville : "Quand on fabrique le salpêtre, écrit-il(20), il revêt (à cause des esprits dont il est doué) des figures déterminées comme les autres sels, mais particulièrement des figures oblongues et sans ordre qui se coupent réciproquement, ce qui donne des espèces de labyrinthes. Quand l'eau gèle en hiver, celle qui ne contient pas de sel est plane et lisse comme la glace des fleuves. Mais si elle contient un tant soit peu de nitre, comme sur les routes, elle prend certaines figures. Dans les fossés où l'eau est depuis longtemps imprégnées de sel, ces figures sont étonnantes. Cela peut provenir des innombrables sels de plantes qui y sont mêlées. En effet, le sel tiré d'une plante recèle la figure de cette plante, comme on peut le voir par la congélation de plantes brûlées, de vinaigre et d'autres produits, et comme Quercetanus le dit des orties. Ces sels, mêlés dans l'eau, confondent leurs figures." Et Borel ajoute que ces sels tirés des plantes peuvent, dans les opérations chimiques, redonner sans terre la plante entière.

Le pouvoir regénérateur des esprits végétaux, sur lequel se fondait l'explicaton de Cabeo, est donc ici transposé aux sels cristallisés (congelati) à partir des plantes. L'esprit est nettement paracelsien, comme le montre la référence à Quercetanus(21).

On sait que Pierre Borel étudia aussi la lunette. Au livre qu'il lui consacre en 1656, il ajoute une "centurie" d'observations faites à l'aide du microscope. Il y décrit notamment de la neige en étoiles sexangulaires et en rosaces. Il se borne à suggérer l'explication suivante(22) : "dans ces poils qui se coupent mutuellement, il y a comme quelque chose de magnétique qui fait qu'ils se joignent d'un côté et non de l'autre". La référence à l'observation, déjà anciennne, des pôles de l'aimant est ingénieuse mais l'avancement des études magnétiques à son époque ne lui permettait guère d'aller plus loin.

Robert Halleux, Johann Kepler, L'etrenne ou la neige sexangulaire, Paris, page 133 :
Note 20 : Petri BORELLI Historiarum et observationum medicophysicarum centuria secunda. In qua non solum multa utilia, sed et rara, stupenda et inaudita continentur, Cstres, 1653, pp. 145-146, observation 21. (La centuria secunda fait suite à la centuria prima, avec une page de titre distincte, mais une pagination continue).

Note 21 : Sur cette question, voir J. MARX, Alchimie et palingénésie dans Isis, 62 (1971), pp. 275-279.

Note 22 : Petri BORELLI Observationum Microscopicarum Centuria, La Haye, 1656, p. 42, observation 92. Cet ouvrage se trouve avec une pagination distincte, après son De vero telescopii inventore, cum brevi omnium conspicilliorum historia. Ubi de eorum confectione ac usu, seu de effectibus agitur, novaque quaedam circa ea proponuntur. Accessit etiam centuria observationum miscroscopicarum, La Haye, 1655. Il observe aussi (pp. 33-34, observation 67) la structure microscopique des minéraux et des métaux.

Une édition de la Vitae Renati Cartesii aurait paru en 1653, mais en fait, elle n'a jamais existé.

Adrien Baillet, Vie de M. Descartes, Paris, D. Horthemels, 1691, page XV :

[A propos d'une autre biographie de Descartes] Ce fragment de la vie de M. Descartes fut imprimé à Leyde l'an 1653 parmi les essais de D. Lipstorpius touchant la Philosophie Cartesienne. Mais sur la fin de la même année, l'on vid paroître à Castres en Languedoc une espece d'Abrégé de la même vie [en marge : "Avec les Centur. de ses hist. & observ. Médico-Phys."] composée par le Sieur Pierre Borel Médecin du Roy, & dédié à M. Pélisson. Il fût réimprimé à Paris trois ans après; puis à Francford & à Leipsick en 1670 & en 1676. & enfin inséré parmi les mémoires [en marge : "Tom. I. Memor. Phil. p. 580"] du sieur Henning Wite imprimez à Francford l'an 1677.
Adrien Baillet se trompe, quand il déclare qu'une première édition aurait été publiée en 1653 à Castres. En fait, la première édition de la vie de Descartes date de 1656. Mais elle était vendue avec un autre ouvrage de Borel édité en 1653. A la fin de la biographie de Descartes par Borel, se trouve un paragraphe intitulé Diploma Regium, supposément daté du 10 novembre 1653, permettant à Billain et Mathurin de vendre ce livre.

Genevieve Rodis-Lewis, Descartes, Paris, Calmann-Lévy, 1995, page 313 :

Vitae Renati Cartesii summi philosophi Compendium : la 1re édition de Castres, 1653, est restée introuvable. Après la 2ème de 1656, Baillet signale des rééditions en Allemagne en 1670 et 1676, puis sa reprise en 1677 dans les mémoires de Henning Witte à Francfort (Baillet, I, p. XIV)
Geneviève Rodis-Lewis se fie à Baillet et ne trouve pas l'éditon de 1653, car la première édition est celle de 1656.

Adrien Baillet, Vie de M. Descartes, Paris, D. Horthemels, 1691, page 7 :

Déja le Sieur Borel avoit écrit qu'il étoit né dans la ville de Châtelleraut en Poitou.
En effet, Pierre Borel, dans sa première édition (qui est celle de 1656) écrit, page 2 :
Anno 1596. Magnus ille vir, vitales auras haurire incepit inter pictonum, & armoricum in gallia gentem in vrbe Castrum Eraldium dicta ex Patre Nobilissimo Patriae suae senatore [...]

Genevieve Rodis-Lewis, Descartes, Paris, Calmann-Lévy, 1995, page 11 :

Dans la première édition, Castres, 1653, Pierre Borel aurait fixé le lieu de naissance de Descartes à Châtellerault, puis dans la deuxième édition, il l'aurait fixé à La Haye, en suivant Lipstorp.
Baillet ne dit pas dans quelle édition il a lu que Descartes serait né Chatelerault. Geneviève Rodis-Lewis imagine que ce serait dans l'édition de 1653.

Genevieve Rodis-Lewis, Descartes, Paris, Calmann-Lévy, 1995, page 315 :

Borel reprend en 1656 le nom de La Haye, en précisant : "et non à Châtellerault" (latin).
Geneviève Rodis-Lewis se trompe. Borel ne mentionne pas La Haye dans l'édition de 1656.

Adrien Baillet, Vie de M. Descartes, Paris, D. Horthemels, 1691, page XV :

Il paroît que l'Auteur de ce petit abrégé n'a écrit que sur ce qu'il pouvoit avoir appris de son amy M. de Ville-Bressieux qui avoit demeuré pendant quelque-tems avec M. Descartes. De sorte que si on en excepte quelques faits généraux, comme font ordinairement ceux qu'on ne retient qu'en gros pour les choses passées dont on ne tient point de registre, il semble qu'il n'y ait point de sûreté dans tout le reste. L'Auteur ne s'est pas fort embarassé des circonstances particulieres qui pouvoient servir à vérifier ses faits. Il ne s'est assujetti à aucun ordre ni pour les têms ni pour les espéces. Il n'a donné à son escrit ni stile ni forme; & la maniére dont il a confondu toutes choses peut nous faire juger qu'il n'y a rien dans son abrégé qui soit plus remarquable que l'industrie avec laquelle il a sçû entasser tant de fautes dans un si petit espace.

M. Borel s'est fait la justice de ne regarder son écrit que comme une ébauche imparfaite [en marge : "Borel. Vit. Cartes. compend. init."] & comme un simple prélude d'une juste histoire qu'il sembloit promettre, au cas qu'il se trouvât suffisamment pourvû de facultez, & des secours nécessaires à un ouvrage de cette nature.

Baillet ne se montre pas très charitable envers le pauvre Borel, qui ne pouvait rien faire d'autre que de publier, tels quels, les quelques témoignages et documents qu'il avait pu rassembler. Il n'avait pas les moyens de les vérifier.

Jean Seidengart, Les théories cosmologiques de Chritiaan Huygens, article dans Huygens et la France, Paris, 1982, page 209 :
Sans se perdre dans une érudition sourcilleuse, il est important de rappeler que Gassendi fait paraitre en 1658 son célèbre Sintne Coelum et sidera habitabilia. Son ami, le conseiller royal Pierre Borel édite à Genève la même année, son Dicours nouveau prouvant la pluralité des mondes, que les astres sont habités. De même en 1655 paraît Le Monde dans la Lune de John Wilkins dans la traduction française de De La Montagne. Sans oublier The Man in the Moon de Godwin, traduit en français en 1648 et qui inspirera, l'année suivante, à Cyrano de Bergerac ses fameux : Etats et Empires de la Lune et du Soleil, parus seulement en 1657.

A l'opposé, le père jésuite Athanase Kircher, que Huygens fustige dans son Cosmotheoros, édite à Rome son Iter extaticum coeleste (1656) pour combattre l'idée de la pluralité des mondes habités.

La querelle va bon train et ne divise pas seulement les gens d'Eglise, mais les astronomes eux-mêmes. Entre autres, l'Anglais Robert Hooke publie, dans le Journal des Sçavans du 18 janvier 1666, une lettre reprochant crûment à Adrien Auzout de penser qu'il pourrait y avoir des animaux dans la Lune. Dès lors, il n'est pas surprenant de voir la dispute qui opposa Huygens aux astronomes Eustachio Divini et Honoré Fabri en 1660, au cours de laquelle il n'hésita pas à affirmer l'existence de Saturniens capables de faire de l'astronomie, en se réclamant des philosophes Nicolas de Cues et G. Bruno ! Il est donc clair que la pluralité des mondes est un problème d'actualité dans la seconde moitié du XVIIe siècle et que Christiaan Huygens n'a pas attendu Fontenelle pour s'occuper de cosmologie.

Jean Seidengart, Les théories cosmologiques de Chritiaan Huygens, article dans Huygens et la France, Paris, 1982, page 215 :

Il faut préciser que traditionnellement, l'idée de la pluralité des mondes a été le plus souvent invoquée pour combattre la croyance en la Providence divine : elle est à vocation (si l'on peut dire !) anti-finaliste comme en témoignent les atomistes anciens Leucippe, Démocrite, Epicure et Lucrèce. Du reste, c'est à ce titre que le Pape Léon XIII fait figurer en 1900, sur la liste des livres prohibés les Entretiens sur la pluralité des Mondes de Fontenelle.

Charles Sorel, bibliothèque françoise, Paris, page 7 :
Il y a un livre de M Borel, intitulé antiquites gauloises et françoises ; c'est un dictionnaire de vieux mots françois, avec leur explication et leur origine. On y trouve plusieurs mots provinciaux, dont l'intelligence est quelquefois necessaire ; mais il ne faut pas chercher ces termes là pour en user : cela n'est bon que pour trouver la source du langage dont on se sert aujourd'huy.

Antoine Furetière, Dictionaire universel, Paris, 1690, Préface :
Ceux qui auront lû les Antiquitez Gauloises & Françoises du Sieur Pierre Borel Medecin de Castres, imprimées à Paris l'an 1655. & citées quelquefois par Monsieur Furetiere, conviendront de ce que l'on vient de dire. Car cet Auteur s'est servi utilement plus d'une fois de la langue de son pays, pour expliquer le sens & l'origine des vieux termes. Mais combien de choses à-t-il laissé à faire à ceux qui voudront marcher aprés luy? C'est donc un fort beau dessein que celuy d'un Archeologue ou d'un Glossaire de nôtre langue.

Marie-Louise Puech, L'intermédiaire des chercheurs et des curieux, Paris, 30 avril 1936, page 338.
Le Chimiste académicien Borel (?-1689). Il a été confondu avec Pierre Borel, protestant né à Castres où il pratiquait la médecine, protégé de Pellisson, ami de Conrart, Gassendi, Lamothe le Vayer, etc., auteur de plusieurs ouvrages appréciés des contemporains (entr'autres de Bayle), dont les principaux sont : Les Antiquitez et Raretez de la Ville de Castres (1649), Observationum Medico-physicarum Centuriae 4 (1653-57), Bibliotheca Chimica (1654), Trésor des Rechercehs et Antiquitez gauloises... (1655), De Vero Telescopii inventore (1655), Discours prouvant la pluralité des Mondes... (1657).
Cette confusion, répétée par la plupart des dictionnaires depuis Nicéron qui semble en être l'auteur, se trouve encore dans l'édition de 1931 de la "Liste Générale des membres de l'Académie royale des Sciences".
On voudrait savoir qui était l'académicien Borel, ses prénoms, son lieu de naissance, pourquoi il avait été nommé membre de l'Académie royale des Sciences en 1674, après avoir reçu depuis 1670 une pension du roi de 900 puis de 1200 livres. Les procès-verbaux des séances de l'Académie, le nomment tantôt "M. Borel", et tantôt "M. Borelli". Il ne peut s'agir du savant italien, J.A. Borelli, qui n'a pas vécu à Paris et est mort en Italie en 1679. Un manuscrit de la Bibliothèque Nationale signale que les clés du laboratoire de chimie détenues par M. Borel récemment décédé ont été remises à son collègue le chimiste Bourdelin. Colbert, dans une lettre au Cardinal d'Estrées à Rome, fait mention de Borel : "Nous avons icy deux François dont vous connaissez l'un qui est le Sieur Borel qui nous fournit de lunettes (pour télescopes) tout autant que nous en voulons"...
On ne peut chercher de renseignements dans les "Eloges" prononcés à la mort des Académiciens scientifiques puisque le premier Eloge, prononcé par Fontenelle fut celui de Bourdelin en 1699, dix ans après la mort de Borel. Avait-il été un de ces jeunes gens adjoints aux Académiciens pour les "aider dans leurs travaux et leur succéder un jour" ? Les recherches faites aux archives de la Seine (Etat-civil) n'ont rien donné.

Pierre Borel, Trésor de recherches et antiquitez gauloises et françoises, réduites en ordre alphabétique et enrichies de beaucoup d'origines, épitaphes, & autres choses rares & curieuses, comme aussi de beaucoup de mots de la langue thyoise ou theuthfranque, Paris, 1655, pages 92 à 93 :
CHEVALIER. On ne donnoit ce nom qu'à ceux à qui il estoit permis de porter harnois doré, selon Fauchet ; & à ceux qui auoient rendu quelques actoins signalées, ausquels on donnoit vne marque de l'Ordre dont on les faisoit. Il y en a eu de beaucoup de sortes, comme on peut voir dans vn gros liure qui s'en trouue, intitulé De l'Ordre de Chevalerie. Il en est aussi parlé au fonds des Estas & Empires du Monde où il y a vn Traité entier de leur origine. Mais de tout ce grand nombre, les anciens Romans ont plus extollé ceux de la Table ronde, establis par Artus Roy de Bretagne. C'estoient des personnes qui n'auoient à coeur que de defendre leurs maistresses, & se battre contre leur riuaux. Les Rois leur bailloient des armés, aprés qu'ils auoient donné des marques de leur valeur. Ainsi WIFRIED BOREL II. Comte de Barcelone, receut sur son escu doré les armes de son Roy, aprés vne sanglante bataille, où il auoit fait tout ce qu'on pouuoit attendre d'vn homme vaillant. Car aprés la victoire, le Roy qui tenoit la vie de luy trempa la main dans ses blessures & luy fit auec les quatre doigts, quatre paux de gueules auec son sang, sur le champ d'or de son escu ; luy disant, Questas saran las tuas armas. Lesquelles armes ont passé dans les Rois d'Aragon, le Royaume estant tombé entre les mains de la noble & ancienne famille des BORELS, dont on trouve vn tissu de glorieux memoires dans l'Histoire d'Espagne, & des Comtes de Barcelone, Depuis BOREL, Seigneur de Girone, Assone, Castelber, & de la pluspart des Comtez & Seigneuries notables de Catalogne, qui viuoit l'an 796. iusqu'à Raimond Bernard Comte de Barcelone l'an 1130. & de là iusqu'à Monsieur Guillaume BOREL Cheualier, Baron, & Seigneur d'Vrenoue, d'Vynbegue, Steelandt, &c. & Ambassadeur des Prouinces Vnies des Pais-bas, pour la France, personnage d'vne si haute Vertu, sçauoir & amour pour les belles Lettres, qu'il merite les loüanges des plus doctes plumes. Ie ne m'amuseray pas à le loüer dauantage, puisque les plus excellens Poëtes Hollandois l'ont fait dignement ; & qu'il s'est acquis assez de reputation par les memorables ambassages qu'il a eu en Espagne, France, Dannemarc, Angleterre, Venise, &c. où il a toujours reussi, au contentement de cette florissante Republique, qui luy donne tous les iours de nouveaux titres d'honneur, pour luy témoigner sa reconnoissance, & l'estime qu'elle fait de luy.

Fleury Vindry, Les parlementaires français au XVIe siècle, Lyon, vol. 1, page 68 :
Jean Borel (154), reçu 18 janvier 1559 (B. 113 - Pilot).

(154) Jean Borel 2e avocat général au Parlement de Grenoble, reçu, 18 janvier 1559, en exercice, 19 avril 1559 (B. 113), mort en 1571.

Je ne sais pas s'il y a un lien de parenté entre Jean Borel et Pierre Borel. Cela pourrait expliquer son lien avec le grenoblois, Ville-bressieu, et avec le lyonnais, François Henry. Mais Borel est un patronyme assez courant.
Il existe aussi un livre intitulé Conclusion des principes de sapience, où est pleinement déclaré quel est le vray et le parfait repos de l'homme ; et quel est le moyen d'y parvenir par P. Borel, advocat au parlement de Grenoble, Grenoble, chez André Gales, 1662. Il y a eu une deuxième édition : Conclusion des principes de la Sapience, contenant l'explication des mystères de la Grâce et de la réalité du Corps et du Sang du Seigneur, en sa sainte Cène, Montbéliard, C. Hyp, 1668.
4. Bibliographie
Vos commentaires sont les bienvenus. Mon adresse e-mail est OlivThill@aol.com, et la page d'accueil de ce site est http://olivier.thill.perso.neuf.fr/index.html.

Page 1/2. Aller à la page suivante (biographie par Pierre Chabbert).