Antoine Menjot (c. 1615-1696)
Presenté par Olivier Thill

Français/English

Vie d'Antoine Menjot


Documents

Michaud, Biographie universelle, Paris, 1821, vol. 28, pages 310-311 :

MENJOT (ANTOINE), médecin, né à Paris, vers 1615, de parents protestants, acheva ses éludes à l'école de Montpellier, où il reçut, en 1636, le doctorat. Il fut pourvu, quelque temps après, d'une charge de médecin du roi, et exerça son art avec la réputation d'un homme instruit et plein d'honneur. Il mourut à Paris, en 1696, dans un âge avancé. Quoique calviniste, il avait beaucoup d'affection pour les Augustins qu'il allait visiter souvent ; et peu de temps avant sa mort, il leur fit don d'un magnifique atlas, que les Etats-généraux de Hollande lui avaient envoyé en présent. On a de lui : I. Historia et curatio febrium malignarum, Paris, 1662 , in-4°. L'édition est anonyme ; mais Menjot ayant su qu'on attribuait l'ouvrage à Gorris, doyen de la faculté, en publia une seconde qu'il lui dédia, et à laquelle il mit son nom. On trouve ordinairement à la suite : Dissertationum pathologicarum partes IV, ibid. 1665, 1674 et 1677 ; et alors l'ouvrage est divisé en deux ou trois volumes. Ces dissertations n'apprennent rien ; mais on les lit avec plaisir, dit Éloy, parce qu'elles sont très-bien écrites. Bayle, à qui l'on reprochait les passages indécents qui déparent plusieurs articles de son Dictionnaire, voulut se justifier par l'exemple de Menjot, qui a mis, dit-il, beaucoup de lasciveté dans sa Dissertation sur la fureur utérine et la stérilité. Mais on sent bien qu'on peut pardonner à un médecin, écrivant dans une langue savante, des expressions et des détails qui ne doivent point être soufferts dans un livre destiné à toutes les classes de lecteurs. II. Opuscules posthumes, Rotterdam, 1696, in-4°., ou Amsterdam, 1697. Ce sont des lettres et des discours qu'on voit bien, dit Bayle, qu'il n'avait, jamais eu l'intention de publier. Cependant l'éditeur dont on n'a pu découvrir le nom, emploie une partie de la préface à prouver qu'il tient de Menjot les pièces dont se compose ce recueil, et qu'il a suivi l'ordre dans lequel l'auteur les avait lui-même rangées. W-s.

Commentaire :
Pour Eloy, cf. Nicolas F.J. Eloy, Dictionnaire Historique de la médecine, Liège, Frankfurt, 1755.


Tallemant des Réaux, Historiettes vol. 1, page 1152, note par Antoine Adam :

Antoine Menjot était fils de Jehan de Menjot et d'Anne Mallart. Ses parents s'étaient mariés en mai 1600. Jehan Menjot était procureur en la Chambre des Comptes. Par les Mallart, Antoine Menjot était petit-cousin de Tallemant. Sa soeur épousa Gilbert Hessein. Antoine Menjot se fit un nom comme médecin. Il mérite d'être retenu pour son rôle auprès de la marquise de Sablé, puis auprès de Mme de la Sablière, et parce qu'il fut de ceux qui résistèrent le plus énergiquement au progrès du cartésianisme.

Tallemant des Réaux, Historiettes vol. 2, page 1480, note par Antoine Adam :

Il s'agit d'Antoine Menjot le médecin. Il était petit-cousin par alliance de Tallemant. Il était en effet fils de Jean Menjot et d'Anne Mallart, fille d'Antoine et de Renée Mallart, tante de Tallemant. Les parents s'étaient mariés le 20 mai 1600, et Antoine Menjot serait né vers 1615. Il fit ses études à Montpellier et passa ses degrés en 1636.

Tallemant des Réaux, Historiettes vol. 2, page 1377, note par Antoine Adam :

François Tallemant vendit sa charge d'aumônier du roi en 1666 à François Bouthillier, pour la somme de 90 000 livres, que fournit le médecin Antoine Menjot.


Antoine Menjot et son frère et sa soeur

Tallemant des Réaux, Historiettes vol. 2, page 724 :

Cela me fait souvenir de Menjot, le medecin et de son frere qui, en leur enfance, ne sçachant que faire, se mirent à prier Dieu pour huict jours, et le lendemain ne vouloient plus prier Dieu. Un jour à la campagne, il s'estoit enfermé pour prier Dieu dans un cabinet, c'estoit le vendredy. Par malheur on serroit le beurre dans ce cabinet. La cuisiniere n'osa l'interrompre, et on disna quand il plut à Dieu. Il se mit aussy dans l'esprit qu'il avoit une chaleur pour laquelle il falloit manger beaucoup de potage, et que son estomac ne digeroit point le pain, s'il n'estoit trempé; de sorte qu'il avalloit une cuillerée de potage à mesure qu'il prenoit un morceau de viande. Menjot luy disoit "Vostre estomac est dans vostre teste; vous resvez." Avec toutes ses belles visions, il se maria, et mourut bientost après, plus fou que jamais.

Tallemant des Réaux, Historiettes vol. 2, page 1480, note par Antoine Adam :

On ne connait pas le frère dont parle Tallemant, mais une soeur d'Antoine Menjot. Elle épousa en secondes noces Gilbert Hessein et fut la mère de Mme de La Sablière. (E. JOVY, le médecin Antoine Menjot, Vitry-le François, 1914.)


Antoine Menjot et Mme de Sablé

Tallemant des Réaux, Historiettes vol. 1, page 520 :

A cause que le sommeil est l'image de la mort, elle [La marquise de Sablé] ne vouloit pas dormir profondément; elle se faisoit veiller par un medecin et des filles tour à tour. Ces gens faisoient de temps en temps quelque petit bruit, et tenoient une bougie allumée en lieu où elle la pust voir en ouvrant les yeux. Pour cela elle avoit toujours ses rideaux levez. Menjot, medecin, son amy, l'a desfaitte de cela; mais ce n'est que depuis la Saint-Jean 1665.

Note de Pascal à la Marquise de Sablé, dans Blaise Pascal (1623–1662). Letters. The Harvard Classics. 1909–14 :

Although I am much embarrassed, I can no longer defer rendering you a thousand thanks for having procured me the acquaintance of M. Menjot; for it is doubtless to you, Madame, that I owe it; and as I esteemed him highly already from the things which my sister had told me of him, I cannot tell you with how much joy I have received the favor which he has wished to render me. It is only necessary to read his letter to see how much intellect and judgment he possesses; and although I may not be capable of understanding the depth of the matters which he treats in his book, I will tell you, nevertheless, Madame, that I have learned much from the manner in which he reconciles in a few words the immateriality of the soul with the power of matter to change its functions and to cause delirium. I am very impatient to have the honor to converse with you on it.


Antoine Menjot et Descartes

Antoine Adam, dans une note des Historiettes de Tallemant des Réaux, vol. 1, page 1152 :

il [Antoine Menjot] fut de ceux qui résistèrent le plus énergiquement au progrès du cartésianisme

Antoine Menjot, dans ses Opuscules posthumes, Vol. 1, Amsterdam, 1697, page 115, citées dans les Oeuvres de Pascal:

Feu M. Pascal appelait la philosophie cartésienne le roman de la nature, semblable à peu près à l'histoire de Don Quichotte.

Commentaire:
Descartes lui-même appelait sa philosophie un roman de nature quand il plaisantait avec ses amis, selon son biographe, Adrien Baillet, Vie de M. Descartes, vol. 1, page XVIII.
Christiaan Huygens, dans une lettre à Robert Boyle, le 26 février 1693, écrit : "Mr Descartes had found a way to make believe that his conjectures and fictions are true. And it happened, to those who read the Principles of Philosophy, the same thing than to those who read pleasant novels and makes the same impression as true stories."
Leibniz qualifie l'oeuvre de Descartes de "beau roman de Physique", cf. Die philosophischen Schriften von G. W. Leibniz, vol. IV, page 302.

Roseline Rey, article Gassendi et les sciences de la vie au XVIIIe siècle, in Gassendi et l'Europe, Paris, 1997, pages 190-191 :

le médecin Antoine Menjot, dont les Oeuvres, publiées à titre posthume en 1697, montrent qu'il était au centre d'un réseau de relations médicales et qu'il continuait à croiser le fer avec le cartésianisme, non seulement sur le problème de l'âme des bêtes, mais sur celui de la divisibilité de la matière à l'infini, qui sera d'une si grande conséquence pour les débats sur la préexistence des germes sous la forme de l'emboîtement. Menjot y soutenait en particulier l'idée que la divisibilité à l'infini était liée à une conception erronée de la matière comme étendue, et à une mauvaise définition du corps
"qui n'est effectivement divisible que parce qu'il est construit de plusieurs pièces jointes ensemble par juxtaposition, lesquelles sont séparables les unes des autres d'autant plus qu'au fond, elles ne sont pas continues, quoiqu'elles paraissent telles à nos sens, à cause de leur exacte mixtion, mais seulement contigües7."
Cette critique de la divisibilité infinie de la matière fut reprise par Buffon et Maupertuis [...]
7: Antoine Menjot (mort en 1696, médecin d'origine protestante, né à Paris, reçu docteur à Montpellier en 1636 ; selon Bayle, ses Oeuvres Posthumes n'étaient pas faites pour être publiées) Oeuvres Posthumes, Paris, 1697, p. 155. Menjot était en relation avec d'autres médecins comme Emery, Delorme, Bohereau.


André Menjot

Michel Popoff, Prosopographie des gens du parlement de Paris, Paris, 2003, vol. II, page 774 :

MENJOT. D'azur au lion d'or accompagné de trois roses d'argent.
André Menjot, reçu conseiller clerc au parlement le 17 may 1674 en la quatrième chambre des Enquestes, se démit le ... [date laissée en blanc]
Je ne connais pas le lien de parenté entre André Menjot et Antoine Menjot.


Gilles Ménage, Jugemens des savans sur les principaux ouvrages des auteurs. Tome septième. Anti-Baillet ou critique du livre de Mr. Baillet, page 15:

Mr. Manjot, très-célébre & très-savant Médecin de Paris, qui mêle ainsi beaucoup de Grec parmi le Latin, s'en excuse aussi par l'exemple de Casaubon.


N.B. Ne pas confondre Menjot et Mangot, par exemple Claude Mangot qui fut président du parlement de Bordeaux, puis garde des sceaux.


Autres études

Sylvia Murr, article Bernier et Gassendi : Filiation déviationiste ?, in Gassendi et l'Europe, Paris, 1997, page 77 :

Les informations sur les relations entre Bernier et Marguerite de La Sablière sont à glaner dans Menjot d'Elbène, Madame de la Sablière. Ses pensées chrétiennes et ses lettres à l'Abbé de Rancé, Paris, Plon-Nourrit et Cie, 1923. [...]
L'ouvrage de Menjot d'Elbène, Madame de la Sablière [...] est rempli d'informations tirées des archives de la famille de l'auteur, descendant de l'oncle maternel de Marguerite Hessein (épouse d'Antoine de Rambouillet, sieur de La Sablière). Malheureusement la méthode historique employée est plus littéraire que rigoureuse (coupure des textes, tri des informations, préjugés ingénuement présentés comme allant de soi, etc.) et il faudrait faire des recherches pour trouver où les précieux document orginaux dont il transcrit d'amples extraits sont actuellement conservés et archivés.

Dr. M.S.Scholtens, Antoine Menjot. Docteur en médicine, ami de Pascal. Réformé au temps des persécutions. Etudes historiques et psychologiques. Preface by Prof. Jean Mesnard., Assen, Van Gorcum, 1968.


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